Jocelyne pour Alex

Témoignage de Jocelyne...

Alex est né le 23 mai 1990, une amie parrainant un jeune d’AGARBICIU m’a fait connaître l’association. J’ai pris contact avec Viorica et j’ai pu ainsi parrainer Alex en 1995. Je suis allée le voir dès 1997, lors d’un convoi. Je l’ai tout de suite reconnu grâce aux photos que Parrains d’or adresse lors des retours de convoi. J’ai rencontré un jeune petit garçon plein de vie et de charme. Une jeune belge travaillant en 1996 à l’orphelinat de BOARTA, où étaient les jeunes enfants dans les années 1990, me le décrivait comme un garçon plein d’imagination débordante.

Alex a rejoint ensuite l’établissement d’AGARBICIU vers l’âge de 8 ans. J’ai pu continuer à correspondre avec lui grâce aux convois, lui adressant son petit paquet contenant entre autre photos familiales et petits présents de ma filleule (France) qui se faisait un plaisir de lui adresser des objets (montre, walkman …) dont elle n’avait plus besoin. Alex ne l’a jamais oublié. J’ai pu également participer à d’autres convois me permettant ainsi de voir Alex grandir et renforçant notre relation. Je ne manquais pas, dans mes courriers, de lui parler de ma famille dont il me demande toujours des nouvelles.

Quand je l’ai revu en 2006, je lui ai proposé de venir en vacances en France, l’année de ses 18 ans. Enchanté, il a accepté. Il est donc venu l’année dernière en juillet 2008 et il a pu connaître toute ma famille et mes amis. Nous sommes partis en camping en Normandie où il a vite sympathisé avec les autres jeunes et avec les tous petits.

J’ai pu constater qu’effectivement sa vie en orphelinat, lui a donné ce contact aisé avec les enfants, cette habitude de vivre en groupe. En revanche, Alex n’avait pas de repère,  par exemple l’heure des repas, il mangeait entre les repas, quittait la table. Il se recadrait très facilement cependant. De retour à la maison, il était beaucoup sur Messenger, correspondant avec ses « potes » de Roumanie. Il a bien profité de son séjour...!

Alex a retrouvé Claudiu, filleul de Catherine, venu faire ses études en France pour apprendre le métier de cuisinier.  Claudiu et Alex ont eu ainsi la possibilité d’échanger, Claudiu lui a prodigué de précieux conseils pour ses études et autres. Maintenant nous correspondons Alex et moi par mail ou Messenger...

 

Charles pour Rodica

Première rencontre avec ma filleule Rodica, 17 ans après le début du parrainage...

Le 20 mars 1988 naît la petite Rodica; très vite elle est abandonnée par ses parents. Mon épouse et moi en héritons comme filleule en 1991, à l’issue d’une soirée de présentation et de notre adhésion à l’association. Nous apprécions la pratique de l’envoi d’un colis lors du convoi de printemps et d’automne, et en retour une photo de chaque filleul(e) tenant son colis à pleine main. Elle connaît les orphelinats de Boarta, Orlat, Turnu Rosu. En 2007, elle rejoint le bâtiment d’hébergement de l’association Logomedica pour accueillir les jeunes adultes, le temps de s’insérer dans la vie d’adulte.

Les années passent, sans échange direct, sans information sur son handicap, sur son histoire. Chez nous, la période de préparation du colis constitue à chaque fois une petite animation, de même que la réception de la photo au retour. Nous ne savons pas toujours ce qu’il faut mettre dans les colis mais comme tout manque il est facile de remplir la boite et de compléter par de la confiserie.

Récit d'une journée pas ordinaire : vendredi 19 septembre 2008, je profite d’un premier déplacement professionnel à Bucarest, pour organiser un déplacement jusqu’à Sibiu.

6h30 gare routière de Bucarest, aide d’une interprète francophone, 100 km d'autoroute jusqu'à la ville de Pitesti, puis 200 km sur des routes nationales à 2 voies souvent converties en 3 voies pour les dépassements au milieu, les deux files empiétant sur le bas coté. Trois arrêts dans des gares routières de province. Paysage de plaine qui a souffert de sécheresse, puis paysage verdoyant de moyenne montagne le long de la rivière. Dans les villages traversés, pas beaucoup de fleurs, beaucoup d'habitations avec une étable à coté et la réserve à foin au dessus. Les paysannes ont la tenue vestimentaire traditionnelle avec la robe, les collants, les chaussettes, le foulard.

Arrivé à Sibiu, je retrouve Minerva, la correspondante de l'association Parrains d'OR. Avec sa voiture, nous allons jusqu'à Logomedica. Le drame dont me fait part Minerva est que le lycée a demandé à récupérer les locaux mais les autorités locales n'ont rien d'autre à proposer... En clair, le 30 septembre, la trentaine de jeunes sera à la rue.

Arrivés à Logomedica, Rodica vient à notre rencontre, prévenue par les veilleurs postés à l'étage. Un vrai moment d’émotion pour nous deux. Nous constations que « l’autre » existe pour de vrai. Elle nous amène dans sa chambre, équipée de 4 lits, deux chaises, une grande armoire, des tapis râpés, des photos de magazines aux murs. Et nous prenons le temps de discuter. Elle indique avoir perdu pas mal de kilos depuis qu'elle travaille.

Elle ressort son album d'anniversaire des 20 ans que nous avions préparé en famille avec les photos de son enfance, seule trace qui lui reste des vingt premières années de sa vie. La vie en orphelinat donne une organisation rude, avec tout à partager ou à se faire voler.

Rodica comprend très bien et échange très bien avec Minerva. Je découvre que son handicap n'est que peu perceptible, et provient d'une audition déficiente mais surtout d'un problème d'oreille interne pouvant provoquer un évanouissement en cas de bruit intensif. A court terme, le logement est une priorité.

Les autres adolescents présents dans le bâtiment ne manquent pas de venir demander à Minerva ce qui va se passer. Plusieurs gars sont dans le bâtiment en pantoufles à 13h, manifestement levés depuis peu ; Minerva les sermonne en leur rappelant que l'autonomie passe par une recherche de travail. Pour Rodica, c'est fait. Elle est maintenant agent d'entretien pour nettoyer des locaux d'entreprises. Par la même occasion, je découvre qu’avec son petit copain ils ont trouvé un studio. Le hic est évidemment le loyer. Mon cadeau sera son premier mois de loyer dans sa nouvelle vie d'adulte.

Après cela, nous sommes allés au restaurant, avons continué à parler de choses et d’autres (contraception, cuisine, vie en collectivité, risque de se faire piller, petits trafics dans lesquels plusieurs se sont engagés, téléphone portable, etc.) et à 15 h et quelques elles me ramenaient à la gare routière. Nouveau moment d’émotion pour la séparation. Reparti pour plus de 5 heures de car, avec le sentiment que notre parrainage a adouci sa vie en orphelinat, où tout est partagé de gré ou de force, soulagé de sentir que cette jeune femme veut et va s’en sortir. Pour nous parrains, la présence de Rodica a toujours été l’occasion de rappeler à notre famille la chance que nous avons, et l’occasion de partager un peu d’amour et de chaleur humaine.